Guérir des blessures du divorce (2ième partie)

Article extrait du TOP CHRETIEN

Il faut changer d’attitude et tendre la main aux personnes dans la crise du divorce. On entend souvent dire que 50% des mariages finissent par un divorce, et que dans le monde évangélique les statistiques ne sont guère plus réjouissantes. D’abord rectifions les faits. Le taux de divorce au Canada est de 31% (selon l’institut Vanier sur la famille).
Et si le taux de divorce chez les chrétiens évangéliques semble assez élevé, il faut reconnaître que chez les Évangéliques nous nous marions plus, et plus jeunes et que le taux de co-habitation des couples est le plus bas. Autrement dit les chrétiens ne pratiquent pas le concubinage mais se marient, et ils se marient beaucoup plus jeunes que les non chrétiens. Oui il y a des divorces chez les chrétiens mais cela n’est pas un fléau. Je n’aime pas le divorce, je ne le souhaite à personne mais cela arrive, mais nous devons être capables d’aider et de supporter ceux à qui cela arrive.
Et que dire de ces mariages qui ont l’apparence de bien aller mais qui vivent une crise profonde? Ils sont des volcans qui peuvent entrer en éruption à tout moment.
L’Église se doit d’être une lumière pour tous. Les blessures du divorce sont profondes mais nous pouvons offrir la grâce aux personnes brisées.

2. Aider les personnes séparées ou divorcées :

La personne vivant la séparation ou le divorce sera aux prises avec trois facteurs importants dans sa vie personnelle: le rejet, la culpabilité et une perte d’estime de soi.
Vivre une séparation, surtout si vous ne l’aviez pas désirée ou que vous n’en êtes pas la cause, crée un sentiment profond de rejet. La personne que vous aimiez ne vous aime plus et ne désire plus vivre avec vous. Vous vous sentez abandonné et plus bon à rien.

Votre réseau familial change : votre belle famille que vous aimiez, maintenant ne veut plus vous voir ou ne cherche plus votre contact. Il y a aussi les amis que vous aviez en tant que couple. Certains demeureront fidèles à votre conjoint(e) et ne voudront plus vous parler. D’autres aimeront mieux se tenir à l’écart ne sachant trop quoi vous dire. « Doit on l’encourager ou non dans son divorce? » Vous les appelez au téléphone, vous avez besoin de parler mais il semble que vos amis sont de moins en moins disponibles pour vous. Puis il y a l’Église : Quelques chrétiens maladroits vous ont déjà fait des sermons à propos du divorce. “Dieu hait le divorce. C’est péché ce que tu fais. Il y a sûrement quelque chose dans ta vie qui n’est pas très clair. Tu dois te repentir”. Alors vous apprenez que vous ne faites plus partie de l’équipe de louange ou que votre nom a été rayé de la liste des moniteurs de l’école du dimanche. Des chrétiens ne vous parlent plus. Tandis que d’autres vous font un drôle de regard. Votre sentiment de rejet ne fait qu’augmenter. Vous ne voulez plus voir personne, et votre désir de venir à l’église est en chute libre.
Il faut que l’Église sache accueillir ces personnes. Accueillir ne veut pas dire être en accord avec le divorce. Jésus mangeait avec les pécheurs, étaient ils d’accord avec leurs péchés ? La personne qui vit la séparation a besoin de sentir de son église qu’elle sera acceptée telle qu’elle est. L’Église doit être un lieu où n’importe quelle personne peut trouver, réconfort, soutien et l’Amour de Dieu. Une philosophie d’accueil est donc nécessaire dans l’église en débutant par ses responsables.

Désirons nous aider ces personnes dans notre église? Il faut répondre à cette question avant tout. Si oui alors il faut inculquer à l’Église une attitude qui démontre notre soutien et notre désir d’aider la personne qui vit une crise majeure dans sa vie.

En plus du rejet la personne vivant une crise de divorce dans sa vie se sentira coupable. Coupable d’avoir échoué dans son mariage. Ce sentiment de culpabilité sera encore plus grand si la personne est chrétienne. « Qu’ai je fait de mal? Pourquoi moi? » Aussi étrange que cela puisse paraître, beaucoup de mariages vivant des situations semblables ou pires ne divorceront jamais. La personne se sentira coupable envers elle-même. Coupable aussi envers ses enfants. Ils subissent eux aussi la situation et ils n’y sont pour rien. Coupable envers Dieu, car en se mariant, ils s’étaient engagés pour le meilleur et pour le pire et cela pour la vie. Coupable devant l’Église car quel témoignage cela donne t-il aux autres couples? Bien sûr il faut que la personne qui passe par le divorce assume la responsabilité de ses gestes. Mais il ne faut pas qu’un fardeau de culpabilité si lourd ne vienne faire obstacle à l’espérance du pardon et de la restauration. Ce n’est pas à l’église en général de juger la personne. D’ailleurs qui sommes nous pour juger! Chaque divorce devrait bien plus nous inspirer la crainte de Dieu et l’humilité. Car que celui qui pense être debout prenne garde de tomber. (1 Corinthiens 10 :12) Cela devrait nous encourager à mettre à jour notre propre relation de couple. On doit aider la personne vivant le divorce à assumer ses responsabilités et à trouver le pardon. Des personnes qualifiées (pasteur conseiller …) devraient aider cette personne dans sa démarche. Comprendre ce qu’elle vit et l’encourager dans la mesure du possible à la réconciliation. Mais si la réconciliation s’avérait impossible dû au manque de collaboration de l’autre conjoint, on devrait aider la personne à trouver la paix.

En plus du rejet et de la culpabilité la personne vivant une séparation aura une sérieuse crise d’estime de soi. Qui suis-je maintenant? Je pouvais avant m’identifier comme marié (mari ou épouse), mais maintenant je ne suis plus marié et je ne me considère pas vraiment comme célibataire. La plupart de mes amis sont des couples mariés. À l’Église j’avais l’habitude d’aller aux rencontres pour les couples et je ne me vois pas participer aux rencontres des célibataires. Ce que j’ai bâti pendant toutes ces années s’est écroulé, ma famille, ma résidence, mes biens, tout cela est en pièces! Je repars à zéro!
Nous devons aider ces personnes à retrouver leur place. Il faut faciliter leur réintégration au réseau social de l’église, à refaire des liens et des amitiés. Il faut penser à eux dans nos programmes. La personne vivant la séparation vivra une période de crise qui la conduira dans toutes sortes d’états d’âme. On peut comparer cela au deuil. Le divorce étant la mort d’une relation. La colère, le déni, et la dépression seront sur le chemin de cette personne en voie de restauration. Dans ce cheminement l’église devrait l’accompagner. Cette personne, maintenant seule, ne devrait pas être abandonnée à elle-même. Elle sombrera dans une dépression profonde, s’éloignera de l’église et s’isolera. Il faut qu’un réseau soit établi pour l’appeler, l’inviter à différentes rencontres formelles ou informelles. Il faut rapidement l’introduire à un groupe de soutien qui l’aidera à partager ses émotions dans un climat de confiance, sain et sans jugement. Tout cela est primordial. Cela contribuera à aider la personne à cheminer vers l’acceptation et la restauration. (Un cheminement qui prend entre deux et trois ans).

Comme vous pouvez le constater, aider les personnes en crise de divorce n’est pas une chose facile et nécessite un engagement sérieux de l’église. Les besoins sont immenses et les ressources si peu disponibles. Je crois vraiment que l’église qui développera un ministère sérieux pour les personnes séparées ou divorcées, moissonnera une récolte abondante d’âmes. Il faut que les portes de l’église s’ouvrent et que nos mains soient tendues.

3. Aider les enfants du divorce :

On ne peut parler de divorce sans parler de ceux qui en sont les premières victimes : les enfants! Il ne faut pas sous-estimer les conséquences que subissent les enfants. Plusieurs études ont démonté que les enfants du divorce sont plus à risque de souffrir de dépression, d’anxiété, de problèmes affectifs et de comportements (par ex. Furstenberg er Kiernean,2001; Le Blanc, McDuff, et Tremblay,1995; Sun et Li, 2002). Ils ont plus de chance de devenir de jeunes contrevenants et de moins bien réussir à l’école. Nous devons quand même dire que plusieurs de ces enfants du divorce vivaient déjà dans des foyers malheureux et que beaucoup de leurs problèmes existaient déjà avant la séparation des parents. Si le divorce n’est pas toujours la cause princpale, il accentue les problèmes préexistants.

Il y a plusieurs causes qui accentuent les problèmes chez les enfants du divorce :
La première est la pauvreté ou la réduction importante des ressources financières qui résulte du divorce. Les répercussions négatives sont les mêmes que celle des enfants pauvres. Déménagement, changement de quartier, d’école etc.

Deuxièmement, découle le fait que le parent ayant la garde devra travailler plus pour arriver à joindre les deux bouts. Il est souvent fatigué et a moins de temps à consacrer à ses enfants, ce qui amènera une diminution du rôle parental. Confrontés à leurs propres problèmes, beaucoup de parents divorcés deviennent trop souvent les “copains” de leurs enfants et renoncent à leurs responsabilités parentales.

Troisièmement les parents supportent un si grand fardeau émotionnel qu’ils sont, tout au moins temporairement, déprimés. Le parent est alors moins disponible. De plus la tentation de la personne divorcée de résoudre ses problèmes en se trouvant un nouveau conjoint rapidement vient créer chez l’enfant encore plus de turbulences.

Quatrièmement les parents qui continuent à se chamailler et à s’insulter devant leurs enfants après le divorce cause beaucoup de détresse. Ces conflits parentaux, surtout quand les enfants en sont le sujet, peuvent apporter des problèmes de comportement chez l’enfant.

Cinquièmement, certains problèmes sont liés à des familles dysfonctionnelles dans lesquelles les enfants ont vécu pendant le mariage de leurs parents. Le divorce peut alors accentuer ces problèmes comme nous l’avons déjà dit.

Alors comment pouvons-nous aider les enfants du divorce? Comment aider la famille subissant le traumatisme du divorce? L’église pourrait aider matériellement, en offrant de la nourriture ou des repas. Surtout au tout début de la séparation. Le parent ayant la garde n’étant pas toujours en état de cuisiner. Le parent épuisé, l’église pourrait offrir de prendre l’enfant pour une sortie ou donner de l’aide aux devoirs. Cela donnera un répit au parent qui pourra mieux par la suite accomplir son rôle parental. L’église se doit d’offrir des modèles de famille stable équilibrée, afin que l’enfant puisse trouver des repères. Il ne faut surtout pas que l’église développe des préjugés envers les enfants du divorce mais plutôt développe un ministère pour les aider à traverser cette épisode difficile. Ceci me rappelle l’histoire d’une jeune femme, maintenant mariée et mère de 4 enfants. Cette femme a grandi dans l’église. Lorsqu’elle avait 6 ou 7 ans sa mère, chrétienne, a divorcé de son mari qui la battait et la trompait. Ce ne fut pas facile pour cette mère d’élever ses enfants. Elle rencontra un homme qu’elle épousa. L’église n’accepta pas sa décision et on la considéra comme adultère. Sa fille racontait qu’elle a toujours eu l’impression qu’à l’église on l’avait considérée comme un enfant bâtard et mise à part. Elle avait sur elle une sorte de marque de Caïn (à tort ou à raison). Aujourd’hui elle est une chrétienne engagée dans son église locale et a retrouvé sa place. L’église malheureusement a du retard à rattraper en ce qui concerne les enfants du divorce. Si les préjugés sont moins fort qu’avant, il n’en reste pas moins que l’église demeure assez passive dans ce domaine. Nos écoles du dimanche devraient avoir un programme adapté aux enfants du divorce. Ceci dans le but de les aider à exprimer leurs sentiments face au divorce de leurs parents.
L’enfant du divorce vivra des étapes émotionnelles similaires à celles des parents. Colère, déni, et lorsqu’il réalisera qu’il ne peut faire revenir ses parents ensemble, la dépression l’envahira.

Chez le très jeune enfant (0-3 ans) les conséquences sont un peu moins graves, mais chez l’enfant de 4 à 13 ans l’impact est plus important. Il faut au plus vite rassurer les enfants en deux choses. Et l’église peut encourager le parent à parler avec son ou ses enfants sur ces deux points. D’abord, il faut assurer l’enfant que ce n’est pas leur faute. Beaucoup d’enfants se sentent coupables du divorce de leurs parents. Certains croient que s’ils avaient été plus sages, s,ils avaient mieux écouté leurs parents ou encore s’ils avaient eu de meilleurs résultats à l’école, leurs parents seraient encore ensemble. Il faut que les parents leur disent qu’il n’y a rien de plus faux. Il est important d’expliquer à l’enfant pourquoi papa et maman se séparent. Un moniteur d’école du dimanche avisé pourrait se rendre compte qu’un enfant se culpabilise du divorce de ses parents. Celui-ci devrait alors contacter le parent et l’encourager à parler avec son enfant des raisons de son divorce. Parfois le parent prend pour acquis que son enfant comprend et sait ce qui se passe quand ce n’est pas du tout le cas.

Il faut ensuite que l’enfant soit assuré de l’amour inconditionnel de ses parents. Que le couple soit séparé cela ne devrait rien changer à l’amour qu’ils ont pour leurs enfants. Qu’ils en aient la garde ou non. L’enfant doit comprendre que peu importe où habite son père ou sa mère, ils auront toujours pour lui la même place dans leur vie.

Nous ne pouvons aborder dans cette article tous les détails et les sujets qu’impliquent le divorce chez les enfants. Mais disons que principalement l’église devrait développer un programme pour les familles monoparentales. Tout au moins développer une sensibilité pour ces familles en son sein.

En conclusion :
Il faut que nous changions d’attitude face aux personnes divorcées. Elles ne sont pas des questions de théologie mais des personnes qui souffrent et qui ont besoin de grâce. Il faut leur tendre la main. La grâce ne peut être exigée par la personne divorcée, elle doit lui être offerte. C’est à nous de le faire. Le roi David avait de vaillants guerriers avec lui, des tueurs de géants. Mais qui étaient-ils? D’où venaient-ils? «Tous ceux qui se trouvaient dans la détresse, qui avaient des créanciers ou qui étaient mécontents, se rassemblèrent auprès de lui, et il devint leur chef. Il y eut avec lui environ quatre cents hommes. » (1Samuel 22 :2) Des gens de mauvaises vie mais qui devinrent des héros. Alors à quand les groupes de soutien pour les personnes divorcées? À quand la réintégration de ces personnes dans l’église? À quand le soutien et le réconfort aux familles monoparentales? L’espace et le temps nous manquent dans cette article pour discuter de la réconciliation.

Dieu privilégie toujours la réconciliation au divorce. Dans cette même pensée, il ne faudrait surtout pas négliger la prévention du divorce en offrant aux couples mariés des outils afin de devenir des couples solides (enseignements, conférences, retraites de couple etc.)

Dans cet article j’ai voulu offrir des pistes à l’église pour aider les personnes aux prises avec un divorce. Mais j’ai voulu surtout sensibiliser le corps de Christ aux personnes qui souffrent et qui ont besoin. Chuck Swindoll dans son livre « Dropping your guard » dit au chapitre 8, intitulé (et je traduis), “Recherché: Abris pour victimes de tempêtes », que l’église est une drôle d’armée qui traite ses soldats d’une drôle de façon. « Nous sommes probablement la seule armée que je connaisse qui abat ses blessés» (p.129) Swindoll dit dans ce chapitre que l’Église doit être un refuge pour ceux qui souffrent comme les villes de refuge de l’Ancien Testament étaient un refuge pour ceux qui étaient accusés faussement. Il termine son chapitre en citant le poème d’Emma Lazarus « Le nouveau Colosse » qui est gravé aux pieds de la statue de la liberté à New York. Je termine sur ces paroles du poème en souhaitant que l’Église soit cette femme que représente la statue de la Liberté. Que l’épouse de Christ puisse tenir bien haut le flambeau de la liberté et de la grâce et crie bien fort que tous sont les bienvenus !

Pasteur Jacques Loignon a été pasteur pendant 25 ans et enseignant à l’Institut Biblique du Québec. Lui et son épouse Hélène viennent de débuter un ministère pour les personnes vivant la crise de la séparation et du divorce nommé Nouveau Départ. Ils sont membres de l’Église Nouvelle Vie à Longueuil, Québec, où ils ont la charge d’un groupe de soutien.

Pour les contacter: nouveau_depart@hotmail.com

Hélène et Jacques Loignon

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